Concours bib interne 2014 : on remet ça?

Hier matin s’est tenue l’épreuve écrite d’admissibilité au concours interne de bibliothécaire d’Etat.
Pour remuer le couteau dans la plaie des aspirants bibliothécaires, notons que la valse des mutations a commencé, la liste des postes vacants est sur Poppée.

Je commence mon billet en mode Caliméro sévère : ceux qui ne s’intéressent qu’au concours en soi et pas à mes états d’âmes (comment? quoi? il y en a?) peuvent prendre le raccourci.

I doubt my mission for the Dark side - sir... / Kristina Alexanderson, CC BY-NC-SA 2.0, via Flickr

I doubt my mission for the Dark side – sir… / Kristina Alexanderson, CC BY-NC-SA 2.0, via Flickr

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Soyons honnête : autant l’an dernier j’étais remontée à bloc, j’avais une vraie envie d’avoir ce concours pour plein de raisons, autant cette année, le soufflé était méchamment retombé.
Rester le nez collé à la vitre de l’ENSSIB à regarder les autres jouer au babyfoot et ne pas avoir le droit d’entrer, ça fout un petit coup au moral, déjà.
Ajoutons :
– devoir quoi qu’il en soit et jusqu’à fin septembre planifier une organisation familiale d’urgence « au cas où » ;
– apprendre dans le même temps qu’à l’Université, difficultés financières obligent (comme à peu près partout en France), tous les postes qui deviennent vacants sont gelés ;
– avoir confirmation à une semaine du concours de la politique de gel des postes : celui de bib libéré par départ en retraite cette année ne serait a priori pas proposé aux lauréats ;
– réaliser que le changement de ville en cas de réussite n’est plus une possibilité mais une certitude ;
– calculer qu’on n’a pas les moyens financiers d’avoir ce concours (double logement, allers-retours hebdomadaires en train… pendant les 6 mois d’école + potentiellement X années d’affectation, ou encore retour à Paris qu’on a quitté parce que ce n’est pas la vie qu’on souhaitait pour nos enfants) ;
– admettre qu’en fait dans la famille, personne n’a envie de déménager.
En conclure « tout ça pour ça? ». Et le moral finit dans le fin fond de vieilles chaussettes qui puent.

Mais je le sais, passer ce concours est un vrai sacrifice pour beaucoup d’autres candidats. En tant qu’incurable optimiste, je m’étais ré-inscrite, et j’y suis allée, sur la base de « on ne sait jamais ».
Et comme je suis un peu pugnace, j’ai fait de mon mieux, en plus.

Sujet de l’étude de cas (tadaaaaaa)

Dans le cadre du projet d’établissement, le service commun de la documentation de votre université doit élaborer à moyen terme un plan de développement des collections. Afin de préparer ce plan, le directeur vous confie la mission de coordonner la rédaction d’une charte documentaire.

En tant que bibliothécaire chargé(e) de cette mission, vous vous appuierez sur le dossier joint pour rédiger à son attention une note exposant la méthode, le plan d’action détaillé et les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif.

Dossier joint (12 pages)
– Document 1 : Code de l’éducation, extrait (2 p.)
– Document 2 : Charte documentaire de la Bibliothèque publique d’information, extraits (1 p.)
– Document 3 : Charte documentaire du SCD de l’Université de Nantes, extraits (4 p.)
– Document 4 : Carte documentaire alsacienne : Rapport présenté par M. Albert Poirot, administrateur de la BNU, Mme Catherine Forestier, directeur du SCD de l’UdS, Mme Anne-Marie Schaller, directeur du SCD de l’UHA, Février 2009 : extrait (2 p.)
– Document 5 : Extraits de : Go!Doc, Carte documentaire Paris-Sarclay : enquête 2009-2010, synthèse des résultats, CNRS – Université Paris-Sud 11 (1 p.)
– Document 6 : Extrait de : Magali Perbost, « La documentation à l’université : quel équilibre entre recherche et formation ?« , Bulletin des bibliothèques de France, 2013, T. 58, n°1, p.12-14. (2 p.)

Première réaction

WTF? par Frederik Hermann, CC BY-SA 2.0, via Flickr

WTF? par Frederik Hermann, CC BY-SA 2.0, via Flickr

A l’heure où un consensus se fait sur l’évolution du métier de bibliothécaire, dont le coeur d’activité a vocation à s’éloigner de la gestion des collections pour se recentrer sur des tâches répondant mieux aux besoins des usagers actuels (formation, communication, médiation, lieu de vie…), le choix du sujet a de quoi surprendre.
Je confesse d’ailleurs que l’espace d’un instant je me suis posé la question : veux-je vraiment devenir bibliothécaire si c’est pour atterrir dans un établissement qui en serait encore à élaborer sa charte documentaire?
Mais c’est peut-être une fausse idée que j’ai, que les établissements les plus dynamiques s’en sont déjà préoccupés depuis longtemps…

C’est donc avec un enthousiasme tout relatif que je me suis lancée dans ce devoir. J’ai choisi d’y voir un genre de chant du cygne : avant d’enterrer la gestion des collections, il faut lui faire un testament.
La charte documentaire est donc indispensable dans tout établissement pour rationaliser les pratiques, faire des économies d’échelle en ces temps de disette en identifiant les partenaires locaux, régionaux et nationaux avec lesquels on va éviter de doublonner, délimiter le périmètre qu’a vocation à desservir le SCD, déterminer les priorités en matière d’acquisitions.

Une fois encore, je n’entrerai pas dans les détails de ma copie, d’abord parce que je ne sais pas ce qu’elle vaut, ensuite parce que si par le plus grand des hasards mon correcteur passe par ici, ça pourrait être embarrassant (1).
Avec un tel sujet, je crois pouvoir affirmer qu’on se dirige à nouveau vers une barre d’admissibilité à 15 (2) et que ce sont de petites choses qui vont départager les candidats qui seront un poil au-dessous ou un poil au-dessus.

Des exemples de chartes documentaires (on en trouve des tripotées en cherchant dans les moteurs de recherche… Tout le monde l’a déjà faite, sa charte, je vous dis) :

Et puis Sainte-Barbe. Une page web. 25 lignes.

Le concours, c’est mieux avec ou sans préparation?

Je ne parle pas de travail personnel, je pars du principe que c’est mieux d’être préparé un chouïa, quand même.
L’an dernier j’avais suivi la préparation au concours à distance via Média Centre-Ouest, mon CFCB.
J’ai ressenti la différence parce que la préparation l’an dernier m’avait tout d’abord incitée à tenir un rythme de travail personnel et à garder en tête la perspective du concours. Cette année j’avais la tête à 10.000 lieux du concours et je ne m’y suis honnêtement pas préparée. Pour certains ça marche mieux comme ça.
L’absence d’entraînement par des devoirs blancs cette année s’est aussi ressentie dans la gestion du temps. J’ai commencé à rédiger beaucoup plus tard que je ne l’avais prévu. Ce qui se voit certainement dans ma copie, mon écriture se faisant de moins en moins appliquée au fur et à mesure que l’heure avançait. De plus, je n’ai pas eu le temps de me relire et donc de corriger d’éventuelles coquilles ou redondances…
Comme l’an dernier, j’ai eu du mal à savoir quoi tirer des documents. Je lis le sujet, je commence à noter tout ce qui me vient, et mon devoir est grosso modo près avant même d’avoir jeté un œil au dossier qui accompagne le sujet… Une fois que je commence à lire les docs, ça parasite ce que j’ai déjà fait, je réajuste et finalement je perds du temps. Il faudrait que je m’astreigne l’an prochain à lire les docs avant de préparer mon devoir…
Conclusion : mon mieux de cette année est sans doute inférieur à mon mieux de l’an dernier. Comme j’étais passée juste (avec 15,5 à l’écrit), c’est mort.
En plus, je dois vous avouer quelque chose : je pense être hors sujet. Si, si, c’est possible (3).

Et vous, vos impressions sur ce concours?

Qu’as-tu don’ dans ton panier?

Basket / Avital Pinnick, CC BY-NC-ND 2.0, via Flikr

Basket / Avital Pinnick, CC BY-NC-ND 2.0, via Flikr

Au moment de préparer mon panier-concours, impossible de remettre la main sur ma liste de l’an dernier. J’m’en vais la noter ici, je devrais la retrouver l’an prochain. Ça peut servir à d’autres, vous pouvez compléter en commentaire avec votre propre panier!
Note to self : acheter une jolie trousse à crayons.

J’avais emporté :
– convocation et pièce d’identité
– montre
– deux stylos noirs type feutre. Cette fois-ci j’ai laissé tomber le gadget stylo-effaçable, l’encre un peu grisâtre me déplaisait ;
– une souris à blanco (j’ai laissé tomber le stylo effaçable, mais pas toute prudence) ;

Pour la lecture de sujet et documents / mes notes / mon brouillon :
– un stabylo
– un crayon Ubib (je me demande si ça aurait compté comme de la triche si le sujet avait concerné les SRV)
– un stylo de couleur

Pour se sentir bien :
– une bouteille d’eau
– une pomme
– des mouchoirs
– des tic-tac
– du stick hydratant lèvres
– des Balisto-c’est-ma-vraie-nature (et bizarrement, à la fin de l’épreuve il ne restait que la pomme)

[Edit du 24/03/2014 : il y a 6 postes proposés au concours de bib interne. 6. Muahahahaha]
[Edit du 24/06/2014 : le rapport de jury est désormais consultable en ligne]

(1) [Edit] en fait j’avais fait une carte heuristique pour accompagner mon devoir, avec un gros doute sur le risque pris
(2) [Edit] Bingo, 15. J’ai eu 13.
(3) [Edit] Comme la charte documentaire, je trouvais ça light, j’ai un pitit peu anticipé sur le plan de développement des collections (d’où la carte heuristique)

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7 réactions sur “Concours bib interne 2014 : on remet ça?

  1. J’ai passé le concours à Orléans, et hormis le fait que j’ai mangé un Kinder Maxi (chipé à mes enfants) et non des balistos, j’en tire les mêmes impressions que toi. Quelle ne fut pas ma surprise en lisant le sujet 2014. Charte documentaire???? Au regard des innombrables enjeux auxquels nous sommes confrontés quotidiennement (tu en parles dans ton billet d’ailleurs), je l’ai trouvé…Comment dirais-je….Un peu « éloigné » de mes révisions. J’ai parié sur certains thèmes, le SGBM, La formations des usagers 2.0 (intégrées dans des plateformes types Moodle par exemple), la mise en place d’une politique anti-plagiat avec partenariat entre le SCD et l’université, développement d’ archives ouvertes en lien avec les outils du CNRS. Ma copie me semble un peu « brouillon » dans la présentation de mes idées. On verra bien. Et comme toi, je RECOMMANDE la préparation à distance au sein d’un CFCB (notamment Poitiers, brillante équipe!) , qui maintient une certaine « tension » dans l’effort de révisions. Bien à toi.

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    • Merci pour ce témoignage!
      Moi aussi j’avais espéré, sans trop y croire, un sujet autour de la formation des usagers, ou sur la réinformatisation à l’heure su SGBM et des FRBR (pas du tout intéressée, la fille), ou encore, quitte à parler collections, sur le développement d’un fonds d’ebooks – OK, là aussi je reconnais que j’avais justement sous le coude un topo tout prêt avec calendrier et tout.
      J’essaye de me mettre dans la tête du jury qui élabore les dossiers d’étude de cas. J’ai du mal. Je me dis qu’ils visent à n’avantager aucun candidat en proposant un sujet qui relèverait d’une spécialisation professionnelle. Reste à déterminer si aujourd’hui, tout bibliothécaire potentiel n’est pas censé avoir des bases solides dans ces thématiques (formation 2.0, évolution des métiers, archives ouvertes, droits et usages en bibliothèque…).
      Je dirais aussi que peu importe le sujet, c’est la manière de le traiter qui va compter. L’exercice de style. Est-on capable de rédiger une note claire et synthétique pour gérer un projet?
      Les PCPP l’an dernier (dont je ne remets aucunement en cause la pertinence), la charte documentaire cette année (et là encore je ne trouve pas absurde d’en élaborer une, mais c’est soooo 200X)… l’année prochaine on devra intégrer un don?

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  2. Bonjour. C’est agréable de lire un compte-rendu de concours, ça me replonge dedans, à un moment où je me demande si ça ne vaudrait pas le coup de retenter tout ça, pour voir. Bon, en même temps, avouons-le, ça ne me fait pas rêver outre mesure – je comprends pourquoi ça ne me manquait pas trop (et vue la note que je me suis cognée la dernière fois que je l’ai passé, ce désamour est réciproque).
    Sinon, un détail corporate : notre charte documentaire fait 25 lignes, mais notre plan de développement des collections fait 96 pages, toutes aussi passionnantes à lire que les chartes de nos confrères.

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    • Merci pour le commentaire! Je n’ai pas mentionné votre plan de développement des collections parce que ce n’était justement pas le sujet du concours, qui se limitait à la charte documentaire. Cf ma plus longue réponse à E.! 😉
      Méfies-toi, j’ai bien peur que plus on attend, pour le concours, moins on a envie de s’y remettre!

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  3. Bonjour,
    Vous citez de nombreux textes de politique documentaire, d’établissements variés. Vous ne donnez le nombre de lignes de la charte documentaire que pour la seule bibliothèque Sainte-Barbe. Peut-être est-ce parce que vous êtes surprise par sa brièveté. Ce texte est en effet un document de synthèse exposant les grands principes documentaires de l’établissement : publics visés, périmètre institutionnel, disciplines couvertes.
    Une charte n’est pas un texte long.(Un seul exemple parmi les milliers de chartes existantes : la charte européenne des enfants hospitalisés http://dea.hug-ge.ch/_library/pdf/charteunesco.pdf )
    En bibliothèque, on a parfois tendance à superposer la charte documentaire et les plans de développement des collections, bien qu’il s’agisse de deux types de documents distincts. Le plan de développement des collections des monographies de la bibliothèque Sainte-Barbe (96 pages) est disponible en ligne : http://www.bsb.univ-paris3.fr/images/BSB/Mieuxnousconnaitre/Fichiers/PDC_monographies_SainteBarbe_dec2013.pdf

    Enfin, vous semblez regretter, dans le cadre du concours objet de votre billet, que la question documentaire passe avant d’autres sujets qui vous semblent plus intéressants et d’actualité : services aux usagers, lieu de vie, etc. Vous regrettez également l’absence de la documentation électronique et des nouveaux formats de catalogage. Mais élaborer, évaluer, réajuster sa politique documentaire, n’est-ce pas le premier service que l’on puisse rendre aux usagers ? Et si l’on sait pour quel type de documentation ils fréquentent la bibliothèque, n’est-on pas mieux à même de leur proposer un lieu de vie adéquat avec des services pertinents, un mobilier adapté, des supports de lecture diversifiés ? Et pourquoi ne serait-il pas possible d’intégrer les questions de signalement et de sélection des ressources électronique à la politique documentaire d’un établissement ?
    Ce n’est pas la gestion des collections qui est l’ennemi des bibliothèques, ce sont les préjugés bien compartimentés.

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    • Bonjour,
      merci tout d’abord d’avoir pris le temps de partager votre point de vue ici, ce sera aussi l’occasion pour moi d’expliquer un peu mieux ma position. 🙂
      Qu’on ne se méprenne pas, je vois les 25 lignes de Ste Barbe comme une bonne chose, elles me paraissent suffisantes pour une charte qui vise à informer le public de la politique documentaire de l’établissement. Si j’ai mis la vôtre en avant, c’est parce qu’elle se démarque par sa concision, ce qui en faisait un modèle intéressant.
      Je fais bien la distinction entre charte documentaire et plan de développement des collections, ce qui explique aussi en partie ma déception face à ce sujet. Reprenons l’intitulé :
      « Dans le cadre du projet d’établissement, le service commun de la documentation de votre université doit élaborer à moyen terme un plan de développement des collections. Afin de préparer ce plan, le directeur vous confie la mission de coordonner la rédaction d’une charte documentaire. »
      En 2014, il me semble, mais je me fais sans doute des illusions, que la plupart des bibliothèques ont réfléchi à leur politique documentaire, ont rédigé leur charte, se sont attelées à leur plan de développement des collections. Et on nous demande de « coordonner la rédaction d’une charte documentaire »? Je ne dis pas que c’est inutile, et lorsque j’écris « La charte documentaire est donc indispensable dans tout établissement », c’est sans aucune ironie. Je dis que c’est un thème récurrent dans les concours, que c’est un sujet que nous maîtrisons et connaissons plutôt bien aujourd’hui et qu’il me semble qu’il ne faut pas 4h sur une copie pour répondre « je consulte les X chartes existantes sur le Web, je m’en inspire et je les adapte pour coller à ma situation ».
      Je caricature volontairement – pour avoir participé de loin à l’élaboration de deux chartes documentaires, je sais que c’est bien plus compliqué que cela. Mais ça reste, la charte en soi, un document relativement standard pour afficher une politique dans ces grandes lignes. Le plan de développement des collections, justement, aurait été à mon sens un véritable challenge, mais on ne nous fait que le toucher du doigt dans ce sujet de concours, ce que je regrette.
      Ce n’est pas tant que la politique documentaire ne m’intéresse pas, ni que je la trouve superflue. J’estime cependant qu’il n’est peut-être plus nécessaire qu’elle occupe une place aussi centrale dans notre métier, et j’aurais aimé que le choix du sujet de concours montre que la profession a pris conscience des autres défis qu’elle a à relever.
      Bref, j’aurais aimé être jugée sur ma capacité à réfléchir sur un thème moins éculé.

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  4. Bonjour,
    Je suis sûre que vous avez dû prendre connaissance du nombre de postes offerts cette année au concours de bib. en interne et qui en bonne optimiste que vous êtes ne vous déprimera sans doute pas : 6. Le seuil d’admissibilité va passer à combien : 15.75, 16 ?

    Bien à vous

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