Oral de culture gé en bib interne : exemple à ne pas suivre

Error : screen print in my office (Error System by Zeus), by Nick J Webb [licence CC by 2.0], via Flikr

Attention, ceci est le récit d’un échec, avec plein de choses à ne pas faire dedans.
Pour le récit d’un succès, il faudra attendre les billets sur Liber, libri!
[Edit 26/05/13 : ça y est, le billet est là!]

Pour ceux qui ne s’intéressent qu’à la liste de questions posées, prenez le raccourci.

Après plusieurs oraux blancs de culture gé, j’avais fini par accepter qu’on ne peut pas tout savoir, j’avais été testée sur des sujets très variés, j’avais été mise en difficulté, malmenée, j’avais senti l’étendu de ma médiocrité, j’avais appris à gérer. Bref, j’étais préparée à tout.

Sauf au sujet qu’il est impardonnable de ne pas maîtriser quand on veut être bibliothécaire dans l’enseignement supérieur : la recherche scientifique.

Le texte

Une dépêche AFP du 09/10/2012 : « Nobel : Serge Haroche voudrait une recherche moins bureaucratique en France ».
Ca avait un côté rassurant, après tout ce n’était pas un texte sur l’évasion fiscale ou le transhumanisme, la recherche je baigne un peu dedans.
Enfin à bien y réfléchir, la recherche, c’est la piscine olympique du campus universitaire où je n’ai jamais mis les pieds parce qu’il faut maîtriser un minimum le crawl pour ne pas susciter l’ire des véritables nageurs, et que moi j’aime mieux faire des gros ploufs (1).
Pour information : mes copains candidats ont pour leur part dû commenter des textes sur les partenariats public-privé, le gaspillage alimentaire et la littérature populaire.

L’effet cocotte-minute

J’ai été un peu perturbée par ce qui s’apparentait plutôt pour moi à de la culture pro, à tel point qu’à un moment je me suis demandée si je n’avais pas été convoquée à la mauvaise épreuve. Disons que dans ma tête ce qui concernait  l’ESR, donc mon environnement professionnel, était rangé dans la case « motivation pro ».
Devant ce texte, je me suis donc retrouvée avec des sentiments ambivalents. D’un côté c’était une chance, j’avais quand même de meilleures bases sur ce sujet que sur de nombreux autres. D’un autre côté je ne me donnais pas droit à l’erreur ou à l’approximation (2).
Je me suis mis la pression.

A noter : Ne jamais se mettre trop la pression.

Le lapin pris dans les phares

by InertiaCreeps [CC BY-NC 2.0], via Flickr

by InertiaCreeps [CC BY-NC 2.0], via Flickr

En entrant dans la pièce où m’attendait le jury, j’ai été accueillie très gentiment par le responsable, qui m’a invitée à m’installer, poser mes feuilles, ma bouteille d’eau, mon réveil (3). Tout le monde s’est présenté, puis on m’a invitée à commencer.
Ils étaient sympathiques. Du genre qu’on n’a pas envie de décevoir.  Le responsable notamment dégageait une telle assurance que les deux autres membres du jury paraissaient aussi intimidées que j’allais le devenir. Il a pris l’ascendant, j’ai pris le descendant.
Je pense que mon commentaire n’avait rien d’éblouissant mais qu’il tenait la route. Ou alors c’était tout nul parce que j’ai placé tout ce que je savais, que ce n’était peut-être pas à bon escient, et qu’il ne restait rien pour la suite.
Je ne me souviens plus de toutes les questions ou de l’ordre dans lequel elles ont été posées, mais je sais que j’ai assez rapidement basculé de « qu’est ce que je sais ? » à « qu’est-ce qu’ils essayent de me faire dire ».
Grosse erreur : l’effet lapin pris dans les phares, qui attend que la bagnole lui rentre dedans au lieu de choisir un côté de la route.
Je me suis donc appliquée à démontrer à mon jury que placée demain face à un chercheur qui me prendrait de haut ou à un collègue un peu agressif, je risquais d’appeler ma mère au secours.

A noter : vous pouvez ingurgiter tout ce que vous voulez comme connaissances dans tous les domaines, si le jour J vous n’êtes pas reposé(e), détendu(e), sûr(e) de vous, si vous laissez le candidat intimidé en vous supplanter le professionnel compétent, ça n’aura servi à rien.

Tirons-nous une balle dans le pied

A l’une des premières questions un peu insistantes sur l’organisation de la recherche en France, je me suis entendue répondre « ah justement, je trouve ça complexe, j’aimerais bien y comprendre quelque chose ».
Une petite voix  dans ma tête, qui avait manifestement conservé un chouïa de bon sens, m’a hurlé « mais tais-toi donc!!! ».
Trop tard, je m’étais tiré une balle dans le pied, j’ai regardé mon sang se vider pendant le reste de l’oral.

Percer le mystère (avec de la psychologie de comptoir dedans)

Dans cette petite phrase idiote et suicidaire résidait en réalité la substantifique moelle de mes raisons d’être là.
La plupart des bibliothécaires vous raconteront leur enfance ponctuée de visites à la BM puis leurs études à squatter la BU pendant des heures, moi j’ai voulu travailler en bibliothèques parce que je n’y avais quasi jamais mis les pieds et que je n’y comprenais rien.
J’avais juste fréquenté avec ma classe le bibliobus qui desservait le village, ce qui doit expliquer mon affection pour les camping-car.
J’ai peu fréquenté la BU, j’achetais mes manuels, j’écrivais dedans, cornais les pages, allant même jusqu’à y mettre des coups de stabylo. Une fois en maîtrise j’ai été infoutue de faire des recherches pour alimenter mon mémoire, personne ne m’avait donné le mode d’emploi. Quand j’ai pris mon courage à deux mains et demandé de l’aide au type derrière le comptoir de la BU, il m’a renvoyée au catalogue qui ne m’a rien proposé de bon sur place, et il n’avait rien de mieux à m’offrir pour élargir ma recherche (4).

by Kit [CC BY-NC 2.0], via Flikr

by Kit [CC BY-NC 2.0], via Flikr

Je sentais bien que je passais à côté de quelque chose, il fallait que je perce le mystère : rien de mieux que l’infiltration pour mener l’enquête.

Aujourd’hui je veux être A parce que je les chercheurs m’intriguent. Les quelques échanges que j’ai pu avoir avec ceux de chez nous ont été assez peu concluants. Il y a donc un challenge, là, il faut que je trouve le bon mode de communication (5).
Avoir suivi de loin le travail de mes supérieurs avec les enseignants-chercheurs de l’Université cette année m’avait donné envie d’y participer, et je pensais être mieux à même de le faire une fois bibliothécaire. Je voulais percer le mystère.

A noter : il vaut mieux avoir percé les mystères AVANT les oraux.

Mon chien a mangé ma copie

A un moment, j’ai quand même osé le « rrah zut, là maintenant ça ne me revient pas, évidemment… »
Genre en temps normal ce serait finger in the nose.
L’argument dit « mon chien a mangé ma copie », aka le meilleur moyen pour perdre toute crédibilité.

Les questions (en vrac)

Elles découlent pour la plupart de ce que j’ai mentionné dans mon exposé ou des perches que j’ai lancé dans mes réponses.
N’oubliez surtout pas que tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Autrement dit, il faut éviter de bluffer en mentionnant quelque chose rapidement pour faire genre je connais. Le jury a un 6ème sens pour ça. Ce que vous maîtrisez, il ne vous demandera rien dessus. S’il sent un flottement, bam. Ou c’est juste moi qui suis une bluffeuse lamentable.

Et si on parlait d’autre chose ?

by Jimmy Baikovicius  [CC BY-SA 2.0], via Flikr

by Jimmy Baikovicius [CC BY-SA 2.0], via Flikr

… a fini par demander un des membres du jury. Mais comme ça faisait 29 minutes qu’on s’acharnait à parler recherche, ça laissait peu de temps pour élargir.

Question subsidiaire, donc :

  • et vous connaissez d’autres prix Nobel ? [réflexe : tellement soulagée de revenir en terrain stable, j’ai amorcé un geste pour sortir Mo Yan de mon sac à main, avant de me rappeler que ça ne se fait pas.]

Question subsidiaire bis, pour voir si je ne me la racontais pas trop :

Sur les Nobel je pouvais tenir la route, mais je ne suis pas sûre que le name dropping de cette ultime minute ait été convaincant. Ou alors c’est ce qui m’a permis d’atteindre la liste complémentaire, allez savoir.

Conclusion : à l’oral de culture gé, vous pouvez vous attendre à être bombardé de questions sur des thèmes très variés… ou pas.
Je finis donc sur le conseil qu’on m’avait donné et que je n’ai pas suivi : « tu es ton pire ennemi, fais-toi confiance. » (6)

Pour en savoir plus sur l’organisation de la recherche en France

Organisation de la recherche en France (sur le site du MESR, mai 2011)

Note :1 C’est une métaphore. Il n’y pas de piscine sur le campus à Poitiers, encore moins olympique [retour au texte]
Note :2 Allo? Tu veux être bibliothécaire et tu n’es pas au point sur la recherche en France? Non mais allo, quoi! – je recycle encore un vieux mème un peu plus loin, mais c’est tout, promis. [retour au texte]
Note :3 je n’avais pas de réveil. J’avais acheté une montre à affichage digital. J’envisage un billet « fashion concours » pour vous la montrer. [retour au texte]
Note :4 OK, je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîîîî-tre : l’ère pré-Sudoc [retour au texte]
Note :5 Les chercheurs : qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ? – c’était mon 2ème et dernier vieux mème [retour au texte]
Note :6 Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, la confiance ne remplace pas complètement le bagage culturel. Il faut l’un ET l’autre [retour au texte]

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7 réflexions sur “Oral de culture gé en bib interne : exemple à ne pas suivre

  1. j’espère que tu nous prépares un billet sur l’autre épreuve! Avec autant d’humour!
    en tout cas, je me suis tout à fait reconnu dans ce qu’il ne faut pas faire, je n’étais clairement pas préparé pour l’oral (pas facile quand vous êtes détaché, récent qui plus est, de demander à votre collectivité de prendre en charge votre formation pour un concours d’état), et je le savais, ce qui a clairement fait ressortir mon manque de confiance.

    « Ne jamais se mettre trop la pression. »
    Oui, car dans mon cas, ça m’a complètement inhibé, et m’a fait dire que « non, je ne peux pas mettre ça dans mon commentaire, ce n’est pas intelligent », le réduisant à peau de chagrin et me censurant de manière presque inconsciente sur de nombreux points.

    « vous pouvez ingurgiter tout ce que vous voulez comme connaissances dans tous les domaines, si le jour J vous n’êtes pas reposé(e), détendu(e), sûr(e) de vous, si vous laissez le candidat intimidé en vous supplanter le professionnel compétent, ça n’aura servi à rien. »
    2x oui!! j’étais beaucoup plus détendu à l’oral de BAS, pourtant plus important (j’étais contractuel à l’époque), et là j’étais sur les nerfs (pas préparé, je ne me suis mis à travailler qu’à la publication des résultats d’admissibilité et j’ai privilégié la quantité, chose infaisable dans le temps imparti), fatigué et lessivé après la première épreuve.

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  2. C’est marrant, qd j’avais passé le concours IGE, on m’avait conseillé de ne rien avoir sur la table. Y compris un réveil. L’argument était que je devais maîtriser ma présentation (entre 5 et 10 min) et que le jury maîtrisait la durée globale. C’est lui qui décidait de la fin de l’épreuve et donc tout dépassement était de leur fait.
    Bizarrement, cela m’a beaucoup aidé, y compris pour les entretiens d’embauche ^^

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  5. Il n’y avait pas de prix Nobel de maths avant 2013 où l’académie en a créé un le Prix Abel : d’après mes sources (Numb3rs) la femme de Nobel s’était barrée avec un mathématicien….

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  6. Pingback: Motivée! Motivée! L’oral de motivation pro au concours de bib interne | LaFacette

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